En remportant coup sur coup la course sprint et le Grand Prix d’Assen, Marc Márquez a frappé un grand coup dans la course au titre MotoGP 2025. Pourtant, chez Ducati, on garde la tête froide. Le patron Gigi Dall’Igna a rappelé avec fermeté que rien n’était encore joué. Une mise au point stratégique pour canaliser la fougue du pilote espagnol et maintenir la pression au sein du groupe.
Marc Márquez intouchable… pour l’instant
Il semble retrouver ses meilleurs jours. Depuis ses débuts chez Gresini Ducati, Marc Márquez enchaîne les performances solides au guidon d’une moto qu’il maîtrise désormais à la perfection. À Assen, l’octuple champion du monde a survolé le week-end en s’imposant lors de la Tissot Sprint samedi, puis du Grand Prix des Pays-Bas le dimanche. Ce doublé permet à l’Espagnol de creuser un écart impressionnant de 68 points sur son frère Alex Márquez et surtout de s’envoler à 126 longueurs devant Francesco Bagnaia, son coéquipier officiel Ducati, champion sortant.
Dans son viseur : une neuvième couronne mondiale, qui cimenterait encore davantage sa légende. Et c’est bien là le risque identifié par la direction Ducati : que l’euphorie et l’enthousiasme d’un Marc en pleine démonstration ne se transforment en excès de confiance. Une réaction naturelle, mais potentiellement dangereuse dans un championnat aussi long et imprévisible que le MotoGP.
Gigi Dall’Igna prévient : “le championnat est encore long”
Très respecté dans le paddock pour sa rigueur technique et ses stratégies affûtées, Gigi Dall’Igna, directeur général de Ducati Corse, a tenu à remettre les choses en perspective lors d’une déclaration relayée par Motorsport.com :
« Je me souviens de la course du week-end dernier au Mugello où, sincèrement, les sept ou huit premiers tours n’ont pas été si simples, j’ai frôlé la crise cardiaque à plusieurs tours. Ça se passe clairement bien mais nous voyons encore des courses passionnantes et inattendues. Donc je dois dire que même si Marc a un petit avantage sur le deuxième maintenant, le championnat reste long et il y a beaucoup de travail avant de soulever le trophée. »
En clair, Dall’Igna veut éviter que la dynamique actuelle ne génère d’excès de zèle ou un relâchement mental. Avec encore plus de dix Grands Prix à disputer, tout peut basculer : une chute, un ennui mécanique ou un retour imprévu d’un concurrent peuvent redistribuer les cartes rapidement. Depuis le début de l’ère MotoGP moderne, nombreux sont les championnats qui se sont joués dans les dernières manches — un principe que Ducati semble vouloir marteler à son prodige.
Márquez vs Ducati : équilibre des forces et stratégie d’équipe
Le message de Dall’Igna a aussi une portée plus stratégique. Ducati se retrouve dans une situation inédite : deux de ses pilotes mènent la course au titre mais appartiennent à deux structures distinctes. D’un côté, Francesco Bagnaia pilote officiel du team factory, double champion du monde en titre ; de l’autre, Marc Márquez chez Gresini Racing, qui performe avec une Desmosedici identique mais au statut satellite. Cette rivalité interne pourrait devenir rapidement un casse-tête pour l’usine italienne.
En demandant à Marc de garder les pieds sur terre, la direction Ducati cherche possiblement à temporiser les tensions internes et à préserver une cohésion globale. Il n’est pas exclu que des consignes d’équipe arrivent dans le futur si le duel s’intensifie avec Bagnaia. Les choix seront alors délicats : privilégier l’équité sportive ou préserver la suprématie Ducati au classement constructeurs et pilotes ?
Une deuxième moitié de saison à fort enjeu
Avec encore plus de dix épreuves au calendrier 2025, la course au titre reste grande ouverte, du moins en théorie. Même si Márquez semble invincible en ce moment, les circuits à venir comme Silverstone, Sepang ou encore le Red Bull Ring pourraient davantage favoriser d’autres motos ou des styles de pilotage différents. La régularité, la gestion des pneus, la condition physique et la météo joueront également un rôle crucial dans les semaines à venir.
Pour Ducati, il s’agira aussi de faire le bon choix stratégique à moyen terme : continuer à soutenir deux prétendants en parallèle ou engager une politique d’alignement focalisée sur un pilote vers la fin de saison. Un luxe rare… mais potentiellement explosif.