Arrivé avec l’étiquette de star du WorldSBK, Toprak Razgatlioglu découvre à ses dépens l’exigence du MotoGP. Lors des tests de Sepang 2025, le pilote Yamaha a été confronté à une réalité bien plus dure que prévue.
Une entrée en matière loin des attentes à Sepang
Le grand saut vers le MotoGP ne pardonne pas, même pour un triple champion du monde Superbike. Toprak Razgatlioglu, intégré à l’écurie Yamaha pour 2025, avait suscité un immense engouement autour de ses débuts en catégorie reine. Mais à Sepang, le pilote turc a vite été confronté à la rudesse de l’élite.
Relégué à plus de 1,9 seconde du meilleur temps d’Álex Márquez, avec un tour en 1’58’’326, il termine 18e au classement. Autant dire que les espoirs initiaux se sont très vite heurtés aux limites techniques et à la complexité de l’adaptation.
Son ressenti est sans appel : « Ce matin, on n’a pas bien commencé… Cet après-midi, c’était un peu mieux, mais je suis encore loin de ce que j’attendais. » a-t-il déclaré lors d’un point presse, relayé par Speedweek.
S’il se montre lucide sur ses lacunes, Razgatlioglu pointe surtout la difficulté à imposer son style sur la Yamaha MotoGP. Un constat d’échec temporaire, mais bien réel, qui souligne la violence de la marche entre le WSBK et la MotoGP.
Michelin vs Pirelli : le facteur clé de déséquilibre
Au cœur des difficultés de Toprak, un élément en particulier perturbe ses repères : les pneus. Passer des Pirelli du WSBK aux Michelin du MotoGP est un véritable changement d’ADN. Là où il excellait par sa capacité à contrôler la glisse de l’arrière, il découvre désormais des pneumatiques qui pardonnent beaucoup moins.
« Les Michelin, quand ils glissent, la moto ne s’arrête plus. En Superbike, j’utilise tout le temps le pneu arrière pour entrer en virage. Ici, c’est l’inverse, il faut ouvrir les gaz tout en douceur. »
Ce bouleversement impacte directement sa gestuelle et son efficacité. Tant au freinage qu’en entrée de virage, son style agressif peine à s’exprimer. À cela s’ajoutent d’autres paramètres ergonomiques : un guidon trop haut, une position peu naturelle, et des sensations encore floues au détour des longs virages, comme le confirme son suivi de Jack Miller durant les essais, pour tenter de « comprendre le tracé ».
Réapprendre, étape par étape : cinq courses pour tout changer ?
Conscient de la difficulté, le pilote de 28 ans ne s’attend plus à des miracles. Ses propos reflètent une prise de conscience constructive : « Je pense que ça va être très difficile pendant cinq courses, car je dois comprendre les pneus. » En d’autres termes, la Yamaha demande une réinitialisation complète de ses habitudes, et une phase d’apprentissage dans laquelle la patience deviendra sa meilleure alliée.
Ce que révèle aussi cette première prise de contact, c’est la nécessité d’un accompagnement technique solide. La Yamaha 2025, bien qu’en progrès selon les ingénieurs de l’usine, reste une moto exigeante. Fabio Quartararo, toujours dans l’équipe, peine lui aussi à recoller au sommet malgré d’importants efforts sur le châssis et l’aérodynamique. Toprak n’hérite donc pas d’une solution clé en main, et tout reste à construire autour de lui.
Ce test à Sepang, s’il est frustrant, marque surtout le départ d’un chantier colossal. Razgatlioglu devra composer avec un package technique encore en transition, tout en révisant presque intégralement son pilotage. Une équation ambitieuse, qui déterminera si le prodige turc saura faire sa place au sommet du MotoGP, ou s’il n’était, finalement, qu’un roi en Superbike.