L’ambiance se tend chez Ducati. Alors que la marque italienne domine le plateau en MotoGP, une voix bien connue du paddock vient d’enflammer le débat. Alex Barros, ancien pilote et observateur aguerri du championnat, n’a pas mâché ses mots dans une interview accordée à Paddock-GP.com. Sa cible ? La gestion interne de Ducati et le traitement réservé à Francesco Bagnaia, deux fois champion du monde… mais aujourd’hui dans le doute.
Une GP25 puissante, mais encore mal exploitée
Selon Barros, la Ducati Desmosedici GP25 est un chef-d’œuvre technologique… mais seules certaines mains semblent savoir la faire chanter. L’ancien pilote brésilien souligne le paradoxe : malgré des performances globales impressionnantes, la moto ne semble optimisée que par quelques élus, au premier rang desquels un certain Marc Márquez.
“La GP25 est une excellente moto, c’est clair… Marc Marquez est peut-être le seul à savoir l’exploiter”, explique Barros. Cette remarque n’est pas anodine. Elle souligne le coup de poker tentaculaire tenté cette saison par Ducati : proposer une évolution importante et miser sur Márquez pour la pousser à son paroxysme. Le sextuple champion du monde MotoGP, au guidon d’une Ducati satellite, bouscule déjà la hiérarchie… au détriment d’un Bagnaia en pleine remise en question.
Ce constat remet également en question l’efficacité de la stratégie actuelle de développement chez Ducati. Le constructeur italien semble avoir créé une machine d’élite, capable du meilleur… à condition d’être comprise et domptée au plus près. Or, il semble que seuls quelques rares talents – Márquez en tête – aient actuellement cette capacité.
Bagnaia en retrait : un soutien insuffisant de Ducati ?
Le pilier de Ducati Factory, Francesco Bagnaia, traverse une période de turbulences. Si son talent ne fait aucun doute – il reste l’un des pilotes les plus constants et techniques du plateau – sa position au sein de l’écurie semble fragilisée, à en croire Barros.
“Il est triste, isolé, abandonné”, dénonce-t-il avec véhémence. Barros va plus loin : il accuse les dirigeants de la marque de ne pas savoir gérer leurs pilotes. Une critique lourde de sens quand on connaît les tensions historiques autour de l’ADN 100 % italien du constructeur, souvent accusé de mettre la machine avant l’homme. Ducati aurait, selon Barros, déjà « brûlé » plusieurs talents par le passé – une référence implicite à ses anciens coéquipiers, de Capirossi à Dovizioso, en passant par Lorenzo.
La charge contre Domenicali et le staff dirigeant résonne comme un avertissement : si Bagnaia ne retrouve ni soutien ni résultats, il pourrait envisager un départ dès 2026, une hypothèse jusqu’ici inimaginable.
Marc Márquez, le facteur X qui bouleverse l’équilibre
Derrière cette critique flamboyante pointe une autre réalité : la montée en puissance de Marc Márquez au sein de la galaxie Ducati redistribue les cartes. Alors qu’il pilote une GP23 au sein du team Gresini, l’octuple champion du monde semble tirer toutes les ficelles, au point de voler la vedette aux pilotes officiels… et remettre en question les équilibres établis.
Barros l’avoue entre les lignes : Márquez est le “nouveau Stoner”. Il est indéniablement l’homme qui sait extraire la quintessence de la GP25, comme Casey en son temps. Ce parallèle suffit à affoler certains observateurs, qui redoutent déjà une saison à sens unique si Ducati ne parvient pas à redistribuer l’écart entre ses pilotes.
Le silence actuel de Ducati sur ces critiques n’est peut-être qu’un calme stratégique avant une mutation plus en profondeur, à l’approche des grands tournants de la saison.
Quel avenir pour le team factory Ducati ?
Ces déclarations relancent les interrogations sur la stratégie de l’écurie de Bologne : faut-il favoriser un développement homogène ? Revoir le leadership interne ? Donner davantage la voix aux pilotes ?
En ligne de mire : la pérennité du duo Bagnaia – Ducati, une alliance jusqu’ici gagnante mais aujourd’hui fragilisée. Si l’ancien pilote brésilien dit vrai, il serait peut-être temps pour la marque de se remettre en question… et pour Bagnaia de peser ses options.
À moins que Marc Márquez, encore une fois, ne précipite les événements…