Pedro Acosta traverserait-il sa première véritable crise depuis son arrivée dans le monde du MotoGP ? Étiqueté comme le nouveau prodige du motocyclisme, l’Espagnol peine à confirmer tous les espoirs placés en lui depuis son passage dans la catégorie reine. Après une saison rookie prometteuse, sa montée dans l’écurie officielle KTM pour 2024 coïncide avec un net recul de performance. Analyse.
Une ascension fulgurante… freinée en MotoGP
Révélé dans les rangs de la Moto3 en 2021, Pedro Acosta a marqué les esprits avec un titre mondial dès sa première saison, ponctuée par six victoires et huit podiums en 18 Grands Prix. Rebelote en Moto2 : champion du monde 2023 avec sept succès. À seulement 20 ans, sa capacité à dominer chaque catégorie sur son passage impressionne les paddocks.
Rien d’étonnant alors à ce que KTM mise gros sur lui : promu dans l’équipe Tech3 GasGas lors de sa première saison en MotoGP en 2023, le rookie espagnol brille d’entrée en signant cinq podiums et une pole position, totalisant 215 points au championnat. Logiquement, il rejoint pour 2024 l’équipe officielle Red Bull KTM Factory Racing, dans la continuité d’un projet centré autour de sa progression. Mais depuis le coup d’envoi de cette saison, Acosta stagne, voire recule.
Une saison 2024 en perte de repères
Classé actuellement 10e du championnat, Pedro Acosta n’a pas fait mieux qu’une 7e place (à Jerez). Loin de ses standards habituels, il avoue lui-même ne pas comprendre ce qui cloche. « Chaque séance est une surprise, parce qu’on ne sait pas à quoi s’attendre. C’est le plus dur à comprendre« , déclare-t-il au micro des médias MotoGP. Si les ambitions sont là, la performance ne suit plus.
Le principal problème ? L’adhérence, et plus globalement, la motricité de sa KTM RC16. « Le premier tour de la course sprint à Jerez a été un désastre complet au niveau du grip ou de la motricité. » Un manque de feedback, de cohérence entre les sessions et une moto capricieuse rendent difficile le travail de mise au point. Il évoque même des vibrations à corriger – un souci récurrent chez KTM ces dernières saisons, en particulier lors de changements de gommes ou de conditions météorologiques variables.
Comparaison frustrante avec Viñales et syndrome du doute
Bien plus inquiétant encore, Pedro Acosta voit Maverick Viñales, roulant sur une GasGas satellite (Tech3), afficher de meilleures performances en course, malgré un classement général inférieur. Une anomalie que le jeune Espagnol n’a pas manqué de souligner : « Peu importe qui est la référence chez KTM, tant qu’on a une moto qui fonctionne, ça me va« . Mais derrière cette façade, le doute s’installe.
Le constat est fort : « C’est le moment le plus frustrant de ma vie, pas juste de mes cinq ans en championnat du monde« . Des mots lourds de sens, qui doivent interpeller les ingénieurs KTM et l’état-major de Mattighofen. Le passage du statut de rookie à celui de pilote titulaire dans une équipe usine impose une nouvelle forme de pression, et Acosta, encore très jeune, semble à la croisée des chemins.
Des solutions à trouver, et vite
Pour ne rien arranger, le pilote a récemment subi une intervention aux avant-bras pour soigner un début de syndrome des loges. S’il est attendu pour le Grand Prix de France au Mans (11 mai), ce contretemps médical pourrait compliquer encore davantage sa quête de performance.
La KTM semble particulièrement sensible aux réglages, et sans cap clair sur la direction technique, Acosta se retrouve dans un flou total. Or, comme il l’explique métaphoriquement : « Peu importe la difficulté, il y a toujours un chemin A ou B pour gravir une montagne, mais quand il n’y a pas de chemin, la frustration s’installe« . La tâche pour les techniciens est désormais claire : redonner à Acosta une moto qui “parle” à son pilotage incisif et intuitif.
À un tournant de sa jeune carrière, Pedro Acosta a besoin plus que jamais d’un environnement stable, de réponses techniques précises et d’un soutien humain solide. Car s’il doute de la moto, le paddock lui, ne doute pas encore de son talent.