Francesco Bagnaia n’aime pas qu’on détourne son attention de la piste. Alors qu’il enchaîne les performances de haut vol en MotoGP 2025, le double champion du monde s’est agacé ouvertement au sujet d’un point technique persistant concernant sa Ducati GP24. Derrière son agacement, se dessine une vraie problématique : la communication de Ducati Corse et les enjeux autour du développement moto, en particulier à l’heure où la concurrence affûte ses armes.
La polémique autour de la Ducati GP24 : quand la technique s’invite dans la stratégie
Tout est parti du test de Misano, organisé au lendemain du Grand Prix de Saint-Marin, où Francesco Bagnaia a pu retrouver de bonnes sensations. Il a expérimenté différents éléments techniques déjà vus sur la GP24 de début de saison, comme le bras oscillant et la fourche. Mais c’est une rumeur née fin septembre qui a mis le feu aux poudres : Bagnaia aurait roulé avec la moto de Franco Morbidelli (équipe VR46), qui dispose d’une version légèrement différente de la GP24.
Ce point, d’apparence banal, a immédiatement déclenché une série de questions de la part des médias spécialisés. Pourquoi Bagnaia aurait-il emprunté cette moto ? Que cherche Ducati avec cette comparaison technique ? Ducati a évité de confirmer officiellement. En revanche, l’équipe VR46 a fini par reconnaitre que le n°1 mondial avait bien pris le guidon de la moto de Morbidelli, confirmant les soupçons et alimentant la spéculation.
De quoi agacer profondément Bagnaia, qui s’est exprimé de manière virulente lors du Grand Prix du Japon à Motegi, pourtant dominé de la tête et des épaules par l’Italien, auteur d’un week-end parfait (victoires en sprint et GP). « Je suis pilote, pas ingénieur. Pour les questions techniques, adressez-vous à Gigi Dall’Igna ou à Artur Vilalta. J’ai déjà tout dit sur le sujet. » a-t-il déclaré selon Motorsport.com.
Communication verrouillée et ligne floue chez Ducati : un choix stratégique ?
Cette réaction musclée n’est pas sans conséquences. Elle indique une tension croissante entre les pilotes, les ingénieurs et le département communication de Ducati. Dans une saison MotoGP 2025 où la guerre technologique fait rage, Ducati doit faire face à la montée en puissance de KTM, Aprilia et Honda, en pleine reconstruction stratégique. Dans ce contexte, chaque test, chaque donnée collectée peut faire basculer la hiérarchie.
Pour conserver un leadership technologique, Ducati semble avoir adopté une politique de communication très cloisonnée. Le mot d’ordre semble être : on développe en interne, on teste discrètement, on communique le minimum. Une stratégie compréhensible sur le plan concurrentiel, mais qui place les pilotes comme Bagnaia au cœur de questionnements qu’ils préféreraient éviter.
Bagnaia l’a exprimé clairement : il veut se concentrer sur le pilotage, son interface principale reste Gigi Dall’Igna. Et il n’entend plus jouer les porte-paroles techniques face à la presse. Difficile de lui donner tort : à l’heure où le calendrier fait la part belle à l’intensité et où chaque séance compte, rester focalisé sur la performance est vital.
GP24 : une moto performante, mais toujours en évolution
L’arrière-plan de cette crispation reste malgré tout technique. Si la GP24 connaît un excellent niveau global de compétitivité, plusieurs pilotes Ducati ont souligné au cours de la saison 2025 des points de faiblesse, notamment sur la motricité en sortie de virage et la gestion de l’usure pneumatique. Ce qui explique les tests répétés et les expérimentations de configurations multiples lors des roulages privés.
La machine de Morbidelli, issue du team satellite VR46, pourrait avoir été perçue comme une référence différente à évaluer pour Ducati, notamment pour peaufiner les réglages ou tester brièvement un set-up alternatif. D’où cette utilisation discrète, mais bien réelle, par Bagnaia lors du test de Misano.
Si Ducati ne communique pas davantage, c’est sans doute pour éviter de mettre en lumière des évolutions complexes ou des hésitations techniques à mi-saison. Mais ce choix alimente inévitablement le bruit médiatique, et agace les principaux concernés.
Un épisode révélateur des enjeux MotoGP en 2025
Au final, cet épisode met en lumière bien plus qu’un simple agacement. Il révèle les tensions stratégiques au sein d’un paddock de plus en plus technique et secret. Le MotoGP moderne, en 2025, n’est plus seulement un duel de talents humains : c’est une guerre à plusieurs étages — communication, développement, politique interne. Et pour un champion comme Bagnaia, cette complexité est un frein dans sa mission principale : imposer son talent sur la piste, sans parasite extérieur.
Reste à voir si Ducati ajustera sa communication pour soulager son leader tout en gardant ses atouts secrets. Une chose est sûre : dans une saison aussi disputée, aucune déclaration n’est anodine…