À l’aube d’une saison 2026 qui s’annonce incandescente, les cicatrices de la campagne MotoGP 2025 restent douloureusement visibles dans le clan Ducati. Tandis que Marc Márquez a survolé le championnat pour s’offrir un huitième titre mondial historique, son coéquipier Francesco Bagnaia, double champion du monde (2021 et 2022), a connu une descente aux enfers qui a marqué les esprits. Et pour cause : son directeur d’écurie, Davide Tardozzi, s’est dit totalement perdu face à la situation, comme le révèle le documentaire officiel de la Dorna « All on Red ».
Une saison à deux visages pour Ducati
2025 restera dans les annales Ducati comme une année paradoxale. D’un côté, la domination implacable de Marc Márquez, auteur d’une saison presque parfaite avec une adaptabilité déconcertante à la Desmosedici GP25. De l’autre, la spirale négative de Francesco « Pecco » Bagnaia, pourtant deuxième du championnat en 2024, incapable de retrouver son niveau habituel. Le Transalpin, champion en 2021 et 2022, n’a jamais trouvé la confiance nécessaire durant l’année et termine à une modeste 5e place au classement général, bien loin des attentes placées en lui.
Dans le documentaire « All on Red » diffusé par le site officiel du MotoGP, on plonge dans l’intimité du box Ducati. La situation de Bagnaia y est décrite avec une rare intensité émotionnelle. Tardozzi y confie son extrême frustration, allant jusqu’à déclarer : « Je ne comprends plus. Je ne sais plus quoi faire ni quoi lui dire. Il est entré dans une boucle… toutes les autres Ducati sont là. Il n’y a que lui. » (source : documentaire All on Red, MotoGP.com). Un constat alarmant pour un pilote considéré comme l’un des piliers du projet Ducati Corse.
Une Dégringolade mentale et technique
Le blocage de Bagnaia semble avoir été autant mental que technique. Malgré une machine performante – la Desmosedici a remporté plus de la moitié des courses – Pecco n’a jamais trouvé d’aisance. Son style habituellement fluide est devenu hésitant, son rythme de course irrégulier. Márquez lui-même, dans une interview incluse dans le documentaire, tente de l’analyser : « Lorsqu’on commence à perdre confiance, on entre dans un état d’esprit où l’on ressent tous les défauts de la moto. On devient raide, tendu. Mais je crois que Pecco va revenir. Il a le talent, il a l’équipe. » (source : documentaire All on Red, MotoGP.com).
Ce témoignage souligne un point clé : loin d’un simple passage à vide, Bagnaia semble avoir été submergé par un cercle vicieux où le doute engendre l’échec. Et ce malgré un soutien technique optimal, un entourage solide et des références claires en termes de performances offertes par les autres pilotes Ducati comme Bastianini ou Jorge Martín (même s’il a quitté Pramac pour Yamaha fin 2024).
Quels enjeux pour 2026 ?
La chute de Bagnaia en 2025 remet en question la hiérarchie interne chez Ducati. Le leadership de Márquez est désormais incontestable, tant par les résultats que par son influence sur l’équipe. La capacité de Bagnaia à rebondir en 2026 devient donc stratégique pour l’écurie italienne. Un retour au plus haut niveau offrirait une dynamique de double pointe susceptible de créer une hégémonie Ducati encore plus forte. À l’inverse, une nouvelle saison en demi-teinte pourrait reléguer Pecco dans l’ombre, voire remettre en question son avenir avec l’équipe d’usine au-delà de 2026.
Avec l’arrivée de jeunes loups affamés tels que Pedro Acosta chez KTM ou Tony Arbolino en passe de faire ses débuts en MotoGP, le paddock ne manque pas de prétendants au trône. Bagnaia, pour sa part, devra prouver dès les premiers Grands Prix de 2026 qu’il reste un prétendant sérieux au titre – pour Ducati comme pour lui-même.
En somme, le douloureux aveu de Tardozzi traduit une vérité crue : même les champions peuvent douter. Reste à savoir si Bagnaia retrouvera un second souffle ou si 2025 aura marqué un tournant irréversible dans sa carrière.