Alors que la saison 2025 de MotoGP touche à sa fin à Valence, l’avenir de Fabio Quartararo chez Yamaha agite le paddock comme jamais. En perte de compétitivité depuis plusieurs saisons, la firme d’Iwata semble à un véritable tournant technique et stratégique. Et selon Neil Hodgson, ancien champion du monde Superbike et aujourd’hui consultant pour TNT Sports, Yamaha ne pourra repartir de l’avant qu’en tournant la page Quartararo.
Un V4 attendu mais toujours absent : Yamaha à la croisée des chemins
Depuis l’arrivée des V4 ultra-compétitifs de Ducati, KTM et Aprilia, Yamaha rame avec son quatre cylindres en ligne. Malgré les efforts de l’ingénierie nippone, le déficit de puissance en ligne droite et le manque de grip à l’arrière pénalisent lourdement le M1. Après des saisons 2023 et 2024 entachées de sous-performances chroniques, le constructeur japonais a promis un V4 pour 2026. Une annonce qui n’a pas suffi à rassurer Quartararo.
L’étoile française, champion du monde en 2021, a réclamé à de nombreuses reprises des améliorations concrètes, tout en soulignant que 2026 serait une saison décisive. « J’attends que Yamaha tienne ses promesses technologiques. Sinon, il faudra prendre des décisions », a-t-il expliqué lors d’une interview à MotoGP.com plus tôt cette année.
Ce flou sur l’avenir a ouvert la voie à des discussions plus franches sur la stratégie de Yamaha. Et Neil Hodgson, voix respectée dans le paddock, n’y est pas allé par quatre chemins.
Hodgson : « Il faut accepter de tout perdre pour tout reconstruire »
Interrogé sur Paddock GP, Hodgson livre une analyse acérée. Selon lui, la situation rappelle celle de Honda, qui a finalement abandonné son modèle centré autour de Marc Márquez pour revoir son projet technique de fond en comble. « Je pense qu’il vaut mieux qu’ils abandonnent complètement le quatre cylindres en ligne et qu’ils n’y pensent même plus après le week-end prochain », déclare-t-il. Pour lui, Yamaha doit faire comme Honda : accepter de reculer pour mieux rebondir.
« Ils vont probablement perdre leur atout majeur, leur pilote vedette. Et vous allez probablement répondre oui, ils vont le perdre. Mais ça va être comme pour Honda. Ils ont perdu Marc Márquez, ce qui a constitué un recul pour aller de l’avant et concevoir une meilleure moto », analyse-t-il encore. Une stratégie de « reset technologique » qui impliquerait donc aussi une profonde remise en question humaine et managériale chez Yamaha.
Un changement de paradigme nécessaire pour Yamaha ?
L’orientation proposée par Hodgson soulève une vraie question : Yamaha est-elle prête à redéfinir son identité MotoGP ? Historiquement, la marque mise sur la maniabilité et la stabilité en virage de son quatre cylindres en ligne. Mais à l’heure des 350 km/h constants et des moteurs explosifs boostés par les effets de sol et les systèmes holeshot, le concept semble daté.
Le virage vers un V4, même s’il implique un passage à vide, pourrait acter une nouvelle ère industrielle et sportive. Dans ce cadre, la présence de Fabio Quartararo, exigeant et impatient, pourrait être davantage un frein à la reconstruction qu’un levier. D’autres pilotes, moins contraints par des attentes de résultats immédiats, pourraient jouer un rôle de développeur à la manière d’un Dani Pedrosa chez KTM.
En filigrane, l’enjeu est immense : Yamaha peut-elle redevenir un top team mondial à l’horizon 2027 ? Ou sacrifier Quartararo serait-il une erreur stratégique ouvrant la porte à ses rivaux, prêts à accueillir un champion en quête d’un projet à la hauteur ?
Conclusion : un avenir incertain, mais des choix cruciaux à faire
Quoi qu’il en soit, la position de Neil Hodgson souligne l’importance de la décennie à venir pour Yamaha. Attendu au tournant avec son premier prototype V4, le constructeur japonais pourrait effectivement devoir repartir d’une feuille blanche. Et dans cette optique, conserver Fabio Quartararo ne serait peut-être pas compatible avec la patience et la flexibilité que requiert un tel redémarrage.
Dans un MotoGP toujours plus impitoyable, les grands noms n’échappent pas aux révolutions internes. Yamaha, comme Honda avant elle, pourrait bientôt décider qu’il faut tout déconstruire pour mieux reconstruire. Et cela pourrait bien commencer par laisser partir l’un des talents les plus charismatiques du plateau.