Depuis plusieurs saisons, Ducati s’impose comme la machine à battre en MotoGP. Pourtant, après le Grand Prix de Jerez, l’ambiance dans le clan rouge n’était pas spécialement enjouée. Entre une contre-performance de Francesco Bagnaia et une chute de Marc Márquez, la direction de Ducati Corse a clairement haussé le ton. L’objectif est clair : aucune place pour l’à-peu-près.
Des attentes très hautes pour Bagnaia et Márquez
Sur le plan purement comptable, le pilote officiel Francesco « Pecco » Bagnaia a terminé sur le podium à Jerez. Pas de quoi s’alarmer a priori… Sauf que pour Ducati, une troisième place peut sonner comme une contre-performance. Directeur général de Ducati Corse, Luigi Dall’Igna, a confié son mécontentement sans détour dans sa chronique post-course : « Pecco n’a pas eu la vivacité requise pour se battre au sommet. » (source : chronique officielle de l’équipe). Un jugement sévère, mais qui révèle l’immense pression pesant sur les épaules du champion en titre. Bagnaia restait sur trois victoires consécutives à Jerez les années précédentes — une série qu’il n’a cette fois-ci jamais semblé pouvoir prolonger.
Pire encore : l’Italien n’a jamais pu dépasser Fabio Quartararo, pourtant en difficulté avec une Yamaha en net retrait. Et alors que son compatriote Alex Márquez, pourtant sur une machine Ducati de l’année passée, affichait une vitesse bien supérieure, la prestation de Bagnaia pose question.
Du côté de Marc Márquez, la gestion est plus nuancée. Bien qu’il ait chuté en course, l’octuple champion du monde trouve grâce aux yeux de Claudio Domenicali, administrateur délégué de Ducati : « Marc montre qu’il a la moto en main. Une petite erreur de temps en temps, ça peut passer. » (source : GPOne). Une indulgence stratégique, sans doute visant à consolider la confiance du pilote espagnol alors qu’il continue son adaptation à la Desmosedici.
Ducati, plus fort que jamais au classement général
Malgré ces remontrances internes, la performance de Ducati dans la discipline est tout simplement exceptionnelle. Depuis le début de la saison 2024, le constructeur italien a marqué tous les points possibles au championnat constructeurs. Une régularité incroyable qui lui permet de dominer Yamaha avec quasiment le triple de points : une avance abyssale qu’aucun team ne semble en mesure de combler.
La domination s’étend aussi au championnat par équipes. Ducati Corse mène largement avec 259 points, suivi de près par Gresini (165) et VR46 (147). Ces trois équipes propulsées par Ducati forment un trio de tête inaccessible pour Yamaha, quatrième avec seulement 67 unités. Une démonstration de force historique.
Et ce n’est peut-être pas fini. Ce week-end, au Grand Prix de France au Mans, Ducati pourrait entrer encore un peu plus dans l’histoire. Une victoire y porterait son total à 23 victoires consécutives en Grand Prix : un record absolu depuis la création du MotoGP en 2002 et une performance jamais réalisée depuis Honda dans les années 1990.
Claudio Domenicali résume bien ce moment charnière dans l’histoire de Ducati : « C’est le fruit d’un travail de fond, avec une bonne moto et des pilotes très forts. » (source : GPOne). Cette séquence historique est d’autant plus remarquable qu’elle prouve la solidité du projet Ducati dans la durée, grâce à un travail d’ingénierie redoutable et une stratégie de placement de pilotes ultra-efficace.
Une pression comme moteur de performance
Ce durcissement de ton chez Ducati n’est donc pas un signe de crise, bien au contraire. Il reflète l’exigence de l’élite et la volonté de ne rien lâcher, même au sommet. Sur un plateau où la concurrence s’essouffle face à la puissance de la Desmosedici, Ducati veut garder le cap, faire mieux à chaque course et éviter toute forme de relâchement.
Le message est clair pour Pecco, Marc et les autres : chez Ducati, même un podium n’est pas suffisant si le niveau d’engagement et les performances ne sont pas au rendez-vous. Dall’Igna le sait mieux que quiconque : pour être grand, il faut rester affamé. Et Ducati a encore très faim.