Longtemps reléguée au second plan sur la scène MotoGP, Ducati est aujourd’hui la référence absolue. Sous la direction visionnaire de Gigi Dall’Igna, la firme de Borgo Panigale domine le championnat 2024 avec autorité. Avec Marc Márquez et Francesco Bagnaia comme figures de proue, l’équipe italienne incarne la performance et le prestige. Pourtant, tout n’a pas toujours été aussi radieux. Michele Pirro, pilote d’essai historique de Ducati, revient avec franchise sur cette évolution spectaculaire et tacle ceux qui ont tourné le dos à la marque… avant de supplier pour un guidon aujourd’hui.
Ducati : de paria technique à référence du MotoGP
Revenons une décennie en arrière. En 2013, Michele Pirro rejoint Ducati comme pilote d’essai, à une époque où la Desmosedici lutte pour être performante face aux références japonaises (Honda, Yamaha). Ducati, bien loin de son statut actuel, est alors perçue comme un choix de repli pour les pilotes sans guidons de premier plan. Tout change avec l’arrivée de Gigi Dall’Igna en 2014. L’ingénieur italien, fort de son expérience en MotoGP chez Aprilia, révolutionne la philosophie de développement chez Ducati.
En misant sur l’aéro, l’électronique prédictive ou encore la fameuse holeshot device, Ducati s’impose progressivement comme le mastodonte technique du plateau. Résultat : la firme empile les victoires, les titres constructeurs… et attire les plus grands noms. Aujourd’hui, celui qui « trouvait refuge » chez Ducati en 2013 observe la revanche des rouges avec gourmandise.
Michele Pirro : « Aujourd’hui, ils réclament tous une Ducati ! »
Dans une interview accordée à Moto.it, Michele Pirro n’a pas mâché ses mots : « Quand je suis arrivé chez Ducati, c’était le refuge de ceux qui ne trouvaient pas de guidon. Aujourd’hui, nous avons Pecco Bagnaia et Marc Márquez. Des noms illustres nous ont snobés, et il est très satisfaisant de les voir réclamer une Ducati aujourd’hui. »
Une déclaration forte mais largement justifiée par l’évolution impressionnante de la maison italienne. Car aujourd’hui, Ducati aligne plusieurs Desmosedici, aussi bien en team usine (avec Bagnaia et Márquez) que dans des écuries satellites hyper-compétitives comme Pramac ou Gresini. En 2024, Ducati a remporté toutes les courses jusqu’ici : cinq pour Márquez, une pour Bagnaia. Et les chiffres ne mentent pas : les pilotes Ducati dominent aussi bien en vitesse pure qu’en constance.
Cette domination suscite l’intérêt croissant d’autres pilotes de renom. Certains, ayant refusé par le passé une opportunité avec Ducati, se retrouvent aujourd’hui à supplier pour intégrer l’une de ses équipes conventionnées. Pirro, fidèle à la marque depuis plus de dix ans, observe cette inversion des rôles avec un mélange de fierté et d’amusement.
Ducati, la moto convoitée qui redessine la grille MotoGP
L’impact de Ducati ne se limite pas à ses résultats. Avec une machine à la fois puissante, agile et bien équilibrée, la Desmosedici est désormais considérée comme la référence du paddock. Elle influence même les stratégies de recrutement : on ne choisit plus seulement un pilote pour son talent, mais aussi pour son adéquation avec l’ADN Ducati. Marc Márquez l’a bien compris : en rejoignant Gresini en 2024, il a fait le pari technique gagnant… et s’offre aujourd’hui une machine d’usine aux performances redoutables.
L’ironie est saisissante. Là où Ducati peinait il y a dix ans à séduire les tops pilotes, elle s’offre aujourd’hui le luxe du choix. Et au milieu de ce succès, Michele Pirro, discret artisan du développement technique, savoure une douce revanche : celle d’avoir cru en une équipe à contre-courant, désormais au sommet du MotoGP.