Enea Bastianini chez KTM : l’autre course, celle du mental

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par Maxime Leclerc

MotoGP 2025 : Dans un championnat où chaque millième compte, la vitesse n’est plus le seul juge de paix. Pour Enea Bastianini, le duel se joue aussi — surtout — dans la tête. Engagé cette saison avec l’écurie Red Bull KTM Tech3, le pilote italien traverse une phase délicate où la mécanique semble moins coupable que le mental.

Un pilote talentueux enfermé dans ses blocages

Depuis son arrivée chez KTM, Enea Bastianini peine à exprimer pleinement son potentiel. Pourtant, ses débuts en MotoGP avaient été prometteurs, ponctués de victoires convaincantes avec Ducati. Mais à l’aube de cette saison 2025, un autre type de défi l’attend : celui de l’alignement entre la tête et le poignet.

Hervé Poncharal, directeur de l’équipe Red Bull KTM Tech3, en est persuadé : le problème n’est pas mécanique. « Le problème n’est pas la KTM, mais le mental », confiait-il récemment à Sports. Ce constat, brutal mais lucide, met le doigt sur le véritable chantier que doit aborder Bastianini : retrouver la confiance.

Connu pour son style fluide et agressif quand tout va bien, Bastianini semble tétanisé dès que les choses tournent mal. En qualifications, sa faiblesse est désormais notoire. Lui-même l’admet : « C’est mon plus gros point faible actuellement ». Une position de départ défavorable le laisse ensuite seul à batailler dans le ventre mou du peloton, sans aspiration, sans rythme. « Sans aspiration, la moto me semble plus lourde », explique-t-il. Une remarque lourde de sens dans une catégorie où le moindre détail peut coûter une course.

Une année 2025 marquée par les galères et les pénalités

Rien n’a été simple pour « La Bestia » cette saison. Son adaptation à une moto différente, malgré le soutien technique de KTM, reste difficile. À cela s’ajoutent des problèmes mécaniques – comme celui survenu au Grand Prix du Japon où un souci moteur l’a contraint à l’abandon – et des sanctions controversées comme celles reçues en Hongrie, où une double pénalité a laissé le paddock perplexe.

Au-delà des résultats, c’est la confiance du pilote qui s’effrite. Là où il brillait dans l’adversité, Bastianini doute aujourd’hui. La mécanique n’explique pas tout, et le mental, souvent délaissé dans les analyses de performances, prend ici toute son importance.

Cependant, tout n’est pas perdu. Poncharal croit toujours en son protégé : « Enea peut aller vite. Mais quand il roule seul, tout devient plus compliqué », rappelle-t-il. Cette saison pourrait bien être celle d’une prise de conscience, voire d’un renouveau. KTM connaît le talent de l’Italien. Encore faut-il que celui-ci réussisse à se libérer pour le mettre en œuvre avec régularité.

Quels leviers à activer pour relancer la machine ?

Dans un contexte aussi concurrentiel, le seul talent brut ne suffit plus. Bastianini devra apprendre à gérer la pression, à travailler différemment en qualifications et à reprogrammer son approche mentale. L’appui d’un préparateur psychologique spécialisé en sport mécanique pourrait être un atout majeur pour l’aider à retrouver ses marques.

Les performances de KTM cette saison montrent que la RC16 n’est pas en cause : Brad Binder a signé plusieurs podiums, et Pedro Acosta monte en puissance. L’opportunité est donc là. Pour Enea, il ne s’agit plus de matériel ou de réglages, mais d’une renaissance intérieure.

À 27 ans, Enea Bastianini n’a pas dit son dernier mot. Mais en MotoGP, la patience a ses limites. Le paddock observe, KTM espère, et le public attend le réveil d’un pilote qui, s’il retrouve foi en lui-même, pourrait à nouveau bousculer la hiérarchie.

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