Après avoir raccroché le cuir au terme de la saison MotoGP 2024, Aleix Espargaró n’aura pas résisté longtemps à l’appel de la piste. Devenu pilote d’essais pour le HRC en 2025, l’Espagnol a profité d’une wild-card pour retrouver la compétition lors des Grands Prix de Jerez puis de Silverstone. Mais son retour sur le bitume anglais a viré à la désillusion. Qualifié 21e, à plus d’une seconde de la pole, Aleix n’a pas mâché ses mots : il pointe la préparation trop rigide du team Honda et une organisation inadaptée à l’enjeu des qualifications.
Une stratégie de tests qui pénalise la performance
Le week-end de Silverstone n’a clairement pas répondu aux attentes d’Espargaró – ni aux standards auxquels il a habitué le paddock de MotoGP. À travers une déclaration relayée par le site spécialisé Paddock-GP, l’Espagnol évoque un plan de travail trop focalisé sur les essais techniques et pas assez sur la performance pure :
“J’ai demandé à l’équipe de prévoir une phase chasse au chrono, mais c’est compliqué. Quand ils apportent beaucoup de composants, nous avons un nombre limité de pneus. Il faut essayer différents bras oscillants, comparer les réglages… et cela demande des tours réguliers. Ils fixent un temps cible et je fais beaucoup de tours à ce rythme. Mais ça ne sert à rien pour préparer les qualifications.”
Dans cette configuration, impossible de jouer aux avant-postes. Le développement de la moto prend clairement le pas sur l’optimisation des performances dans des conditions de qualification. Pourtant, pour Aleix, chaque wild-card est une occasion unique de briller et de démontrer que son expérience peut encore faire la différence.
Une Honda exigeante et des pneus mal adaptés
Si la stratégie Honda est sur la sellette, la nature même de la RC213V et le feeling des pneumatiques n’arrangent rien. Habitué à un pilotage plus coulé sur son ancienne Aprilia RS-GP, Aleix se heurte ici à une machine au comportement rigide et exigeant sur les phases de freinage et d’entrée en courbe :
“Je n’aime pas les nouveaux pneus. Sur l’Aprilia, avec les tendres, je pouvais relâcher les freins plus tôt et laisser la moto filer vers le point de corde. Avec cette Honda, si on fait ça, on entre dans une phase de broutage. Ici, il faut freiner très tard et vite. Ce n’est pas mon style.” (source : Paddock-GP)
Ce retour d’expérience met en lumière un problème souvent évoqué par les pilotes Honda : une fenêtre de pilotage très étroite. Le travail sur les pneumatiques avec Michelin et l’adaptation de la moto aux spécificités des gommes tendres semble loin d’être optimisé. De plus, la RC213V demande un style agressif, en rupture avec l’approche fluide que privilégie Espargaró.
HRC sous pression : tirer profit de l’expérience d’Aleix
Avec un palmarès honorable et plus d’une décennie d’expérience, Aleix Espargaró n’a pas rejoint Honda pour faire de la figuration. Son regard critique doit être perçu par HRC comme une force : le développement de la RC213V a cruellement besoin d’un pilote capable de mettre le doigt sur ce qui ne fonctionne pas.
Toutefois, à l’heure où Honda cherche à se relancer après des saisons compliquées, le cadre doit aussi évoluer. Aleix aspire à bien plus que des tours d’ajustement technique. Il veut être compétitif, même en tant que wildcard. Le team japonais doit donc revoir la façon dont il intègre les pilotes d’essai dans un week-end de course officiel : plus de pneus pour faire des chronos, des sessions dédiées à la performance… Autant d’éléments essentiels pour redonner de la motivation à l’un de ses atouts expérimentés.
Un signal d’alerte pour Honda
Le coup de gueule d’Aleix Espargaró est loin d’être anodin. Il reflète un malaise plus profond chez Honda, où l’approche très scolaire du développement technique semble freiner la progression réelle en course. Pour rester dans la course au développement et attirer des talents, le HRC doit impérativement revoir son approche des wild cards : équilibrer développement et performance, intégrer mieux le ressenti des pilotes, et surtout, s’adapter à un MotoGP en pleine mutation.
Aleix ne demandait pas à faire un coup d’éclat. Il voulait simplement les moyens de se battre. Honda l’écoute-t-elle vraiment ?